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Soulager la faim avec des boulettes de porc!

Depuis deux semaines, je reçois des « invitations médias » de  La Tablée des Chefs pour aller  voir les étudiants à l’œuvre lors de la préparation de 6000 portions alimentaires dans le cadre de la 9e Semaine des écoles hôtelières du Québec.

Voici l’invitation:

« 600 étudiants de treize écoles hôtelières du Québec se mobiliseront, entre le 5 et le 23 mars 2012.  À cette occasion, 100 000 portions de boulettes de porc mijotées aux légumes à la mexicaine seront cuisinées par la relève étudiante puis distribuées par les Banques alimentaires Québec. La relève culinaire de partout au Québec contribuera ainsi à soulager la faim en participant à cet événement. »

Ce qui m’énerve c’est l’association des mots: relève, porc et soulager la faim.  Il suffit de lire les livres Je mange avec ma tête et Faut-il manger les animaux?, pour comprendre que ce n’est pas avec des milliers de portions de boulettes de porc que nos futurs cuisiniers soulageront la faim dans le monde!

J’ai décliné l’invitation en soulignant que je suis végétalienne et donc, que je ne soutiendrai pas un tel événement.   Pourtant j’ai encore reçu une 3e invitation hier.  Alors j’ai décidé d’en parler ce matin sur le blogue.

J’avais une question pour la Tablée des chefs: Pourquoi, propose-t-on le porc comme ingrédient de base d’un repas, à des chefs en devenir?  Pourquoi offre-t-on un plat de porc à une population démunie quand on sait pertinemment que les légumineuses, par exemple, sont beaucoup plus économiques et accessibles.  Permettre aux étudiants de développer un plat végé aurait été, à mon humble avis, un moyen efficace pour développer la créativité de ces jeunes chefs, en contribuant à former et conscientiser la relève à une réalité alimentaire et ainsi permettre de « soulager la faim » de manière plus éthique et durable!  Cet événement aurait pu être une belle opportunité d’éduquer en ce mois de la nutrition!  De montrer comment diminuer sa consommation de viande et comment utiliser des protéines végétales (autant aux chefs, qu’à la population démunie).

On m’a répondu:  « Qu’on comprend tout à fait mon point de vu, mais que comme un des partenaires est la fédération du porc du Québec, ben on n’a pas le choix de mettre le porc au menu ».  Pourquoi ne pas avoir développé un partenariat avec Clic par exemples?

J’aurais sincèrement aimé voir 600 futurs chefs cuisiner des légumes et des protéines végétales…  Simplement pour être conséquent!

Vraiment dommage!

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15 Commentaires
  1. Bien que je sois un partisan des plats végétariens, je demeure un carnivore occasionnel qui apprécie le porc sous toutes ses formes. Disons que le lobbying pousse l’étroitesse d’esprit à son extrême avec ce critère de boulette.

    Selon moi, si l’on veut consommer de la viande, il faut consommer l’animal en entier. Tout un défi pour les futurs chefs !

    13 mars 2012
  2. Je ne suis ni végétarien, ni vegan, mais je comprends ton point de vue, mais je crois que cela dépasse nos habitudes alimentaires respectives.
    Toute notre viande provient d’animaux que nous élevons nous-mêmes, dans un cadre de vie et avec des aliments aussi sains que possible. Nous aimons la viande et nous ne voudrions pas nous en passer, bien que pendant la belle saison notre alimentation soit essentiellement végétarienne, tout simplement parce que la belle saison est la saison des fruits, des légumes et des laitages…
    Il me semble essentiel de comprendre que 99% des événements ou des médias liés à la restauration sont commandités. Et qui peut se permettre ce type de commandites sinon les agro-industriels ?
    Pas grand-monde. Par exemple, qui commandite une émission comme l’épicerie ? Je n’ai pas la télévision, mais je suppose que des émissions de cuisine ou de cuisine-télé-réalité sont elles aussi commanditées par de grands groupes industriels.

    Voir des industriels comme Agropur, Saputo, Olymel affichés le logo  »aliments du Québec » sur leurs produits ne vous interpelle pas ? Bien sûr, ce sont des aliments du Québec ! Mais ne joue-t-on pas ici sur les mots, sur le sens des mots ?
    Qu’évoquent ces termes pour vous ? Ce ne serait pas plutôt : terroir, qualité, artisan, authenticité, proximité ? Moi, oui.
    Sur ces cinq termes, un seul s’applique aux agro-industriels: proximité. C’est sûr que c’est du local ! Mais on joue habilement avec les mots. Il est grave de confondre le terroir et son authenticité avec des aliments industriels locaux. Mais nous en sommes là.

    Dans un autre registre agro-industriel, je parlais hier avec une personne qui travaille dans une ferme avicole qui exploite environ 5000 pondeuses. Je sais que les poules pondeuses sont remplacées après un an. J’ai alors demandé s’il était possible de racheter quelques pondeuses avec d’autres personnes (une pondeuse pond évidemment plusieurs années même s’il est vrai que le rendement diminue, bien que la taille des oeufs augmente). Je pensais (naïvement?) que les animaux de réforme partaient à l’abattoir pour finir en charcuterie douteuse dans les supermarchés. J’ai été écoeuré d’entendre que  »pas du tout, on les tue et on les enterre ». Tout ça dit le plus simplement du monde.
    Ce qui me dégoûte, ce n’est pas l’abattage (les conditions d’abattage sont sans doute aux normes, je ne sais pas), ces animaux ont une finalité, nourrir l’homme. Que ces poules soient sacrifiées pour nos besoins alimentaires après avoir été utilisées comme pondeuses me semble logique. Mais qu’elles soient enterrées,jetées, parce que  »ce ne sont pas des poulets à chair », ça me dépasse.
    Imagines-tu l’immensité du gaspillage ? Les tonnes de nourriture jetées ? Et si cela se fait à la grandeur du Québec (du Canada, de la Terre), réalises-tu à quel point cela est profondément choquant !
    Et il y a encore tout ce que nous ne savons pas, dans toutes sortes de secteurs, alimentaires ou non. Y compris dans les secteurs maraîchers.
    Quelle tristesse, je me sens honteux d’être humain.
    C’est pour cela qu’il faut en parler, encore et encore. Ajouter ses gouttes dans le vase jusqu’à ce qu’il déborde et que les yeux s’ouvrent. On peut rêver.

    13 mars 2012
    • Frédéric C.-B. #

      Les animaux n’ont pas de finalité, sinon celle déterminée arbitrairement et égoïstement par l’homme. Les animaux existent, point, tout comme nous. Si on décide quoi faire d’eux, c’est dans la force, la violence et l’agression. Les animaux n’ont pas plus la finalité de nous servir que les esclaves ont la finalité de servir leur maître ou que les femmes de servir les hommes. Le fait que nous décidions de les mettre au monde et de les nourrir ne nous donne pas le droit de les exploiter et de les tuer, sinon pourrais-je décider d’avoir des enfants dans le but de les obliger à faire mon ménage? Pourrais-je les tuer lorsqu’ils commenceront à baisser dans leur productivité?
      J’accorde de la valeur à mon expérience de vie et c’est pourquoi je respecte les êtres humains qui ressentent l’expérience de la vie, quel que soit leur sexe, leur race, leur origine sociale ou leur intelligence. Les animaux aussi ressentent l’expérience d’être en vie, sont capables de plaisir et de malheurs, alors pourquoi ne pas les respecter aussi et les laisser vivre? Cela me semble une discrimination basée sur l’espèce, ça en devient une religion.

      Merci Marie-Ève pour ce billet!

      13 mars 2012
      • Nous pourrions discuter longtemps sans tomber d’accord sur ce sujet, mais j’accepte tes remarques. Le sacrifice de ces animaux est évidemment violent puisque nous donnons la mort, même si nous le faisons de la manière la moins pénible et la plus rapide possible.

        13 mars 2012
      • Merci pour vos interventions messieurs! Un billet du moment qui fait du bien à exprimer et partager! 😉

        13 mars 2012
  3. Et bien, nous, aux Jardiniers du Chef, ferme maraîchère et serricole, aurions été bien heureux d’être l’un de leur partenaire pour cet évènement… ou à tout le moins de regrouper plusieurs maraîcher pour assurer l’approvisionnement… Je suis tout à fait d’accord, il faut changer les mentalités.
    Bravo de votre audace!

    13 mars 2012
  4. Josianne #

    Intéressant, merci de partager sur ce sujet!

    13 mars 2012
  5. merci pour ce coup de gueule…et aussi pour CLIC qu propose de bien belles recettes que je vais lire avec attention…

    13 mars 2012
  6. Tu fais bien d’avoir publié ce billet. Je partage ton point de vue à 100 pour cent. Elles m’énervent souvent, ces commandites, comme celles des producteurs laitiers, qui font en sorte qu’on nous présente une vision non objective de la santé.

    En passant, j’aime bien la nouvelle apparence de ton blogue.

    13 mars 2012
    • Merci Babette! Pour la nouvelle bannière faut dire bravo à Marie Mainguy, mon illustratrice! 😉

      13 mars 2012
  7. Caroline Flageole #

    Bravo! Je partage ton opinion. Je suis cuisinière de métier, et je constate avec désolation que malheureusement, les restaurateurs et chefs restent encore trop fermés à l’idée d’offrir aux clients des recettes avec des substituts à la viande. C’est pourtant tellement plus vivant qu’une bête morte et certainement plus beau et plus bon! Dans les écoles de cuisine, il n’y a malheureusement pas beaucoup d’informations qui sont données à la relève de demain au niveau des protéines végétales, c’est triste! Je continue à donner des cours de cuisine végétarienne, car j’y vois une mission d’informer les gens et leur fournir les outils pour mieux s’alimenter. Il y a de l’espoir comme tu dis…car souvent mes cours affichent COMPLET dès le début des inscriptions! Ça me réchauffe le coeur! ♥ Bonne journée! Caroline

    13 mars 2012
  8. Jean-Francois Archambault #

    Bonsoir,

    Je suis vraiment étonné par vos réactions, j’ai toujours eu une très grande ouverture d’esprit quand vient le temps de choisir notre alimentation, nous éduquons plus de 1000 jeunes au Québec en saines habitudes de vie, nous leur apprenons à cuisiner, choisir et gérer un budget alimentaire, des jeunes vivant en milieux moins favorisés ou en situation de difficultés.

    Dans le cadre de la Semaine des Écoles Hôtelières du Québec, nous travaillons avec des partenaires qui acceptent généreusement de donner leurs produits afin de nourrir les gens dans le besoin, vous savez il y a plus de 350 000 personnes qui souffre de la faim au Québec. La demande des banques alimentaires est claire et très simple, les gens n’ont pas de viande et aimeraient avoir un repas complet qui en inclus. Depuis la création de cette activité nous avons distribué plus de 500 000 repas aux banques alimentaires du Québec avec l’aide des étudiants dans les écoles de cuisine du Québec. Et effectivement la Fédération des producteurs de porc et Olymel sont des partenaires de la première heure et le seront encore pour plusieurs années. Nous avons besoin de ces partenaires pour nourrir les gens. Vous ne pouvez vous imaginer tout l’effort et l’énergie que ça peut représenter d’organiser une telle activité avec une petite équipe et plusieurs bénévoles et nous sommes fiers de pouvoir partager ce succès avec les gens dans le besoin et les étudiants en cuisine.

    Je trouve bien malheureux que vous utilisiez votre blogue pour ternir cette activité et du même coup la réputation de notre organisme. La réponse de Léonie est claire et vous avez seulement sélectionné les mots qui étaient en votre faveur, en déformant ses propos vous avez oublié un point important, alors pour le bénéfice de vos lecteurs je vais ajouter une nuance assez importante: Dans notre programme de formation auprès de milliers de jeunes nous avons plusieurs ateliers sur les légumineuses et les plats végétariens, mais nous leur montrons aussi à cuire et braiser une viande comme le porc ou toute autre viande ou volaille, nous ne sommes pas là pour faire des choix à leur place mais pour les connecter sur leur alimentation, le défi est déjà assez grand pour ces jeunes qui n’ont peu ou pas d’historique alimentaire familial,

    Maintenant que vous choisissiez de ne pas manger de porc, c’est votre choix, moi j’en mange et j’adore cette viande, pas parce que la fédération nous commandite mais parce que j’aime son goût et parce que c’est une viande très accessible et facile à cuisiner,

    Votre opinion est importante sur ce blogue et je respecte votre point de vue comme Léonie a tenté de le faire, alors respectez donc le notre et pensez que c’est une activité qui nourrit plus de 100 000 personnes dans le besoin en moins d’une semaine au Québec,

    Vous vous êtes gratuitement attaqué à un organisme qui travaille très fort et avec passion pour nourrir les gens dans le besoin et qui développe l’autonomie alimentaire des jeunes en difficulté afin de réduire leur éventuelle dépendance à l’aide alimentaire

    La Tablée des Chefs est un jeune organisme qui prône l’ouverture d’esprit et l’entraide,

    Sincèrement

    Jean-Francois Archambault

    13 mars 2012
    • Je n’essaie pas de « ternir la réputation de votre organisme », Jean-François, j’exprime une opinion. Pour avoir travaillé dans le communautaire, au Garde-Manger pour tous, pendant 4 ans, comme intervenante en sécurité alimentaire, à enseigner la nutrition et la cuisine dans le Sud-Ouest de Mtl, je connait bien l’état des habitudes alimentaires de la population. C’est pour cette raison que j’insiste autant sur l’importance d’une alimentation végétalienne. Et chaque fois qu’on organisait un événement j’insistais pour que les produits du règne végétal soient au premier plan du menu parce que c’est ce que j’avais enseigné aux résidents pendant toute une session. Notez, qu’on choisit de manger végé, pas pour des raisons de richesse ou de pauvreté, mais bien pour des questions d’éthique, de santé humaine, d’équilibre environnemental, de respect. Et manger végé c’est aussi, sinon plus, bon, créatif et plaisant! Ce que je ne comprends pas, c’est comment La Tablée qui se donne comme mission « d’éduquer » peut d’un côté donner des cours de cuisine végétalienne et montrer à cuire des légumineuses, et de l’autre, offrir des boulettes de viande. « Les gens dans le besoin » comme vous le dites, auraient tout aussi bien apprécié des boulettes végé à la mexicaine.
      J’aurais simplement aimé que lors de la semaine des écoles hôtelières du Québec, événement qui rejoint tellement de gens, on passe de la théorie à la pratique, et avec l’aide de futurs chefs, qu’on montre qu’un repas peut être parfaitement complet et savoureux, sans viande!
      Voilà!
      Plaisir et santé!
      MariÈve

      14 mars 2012
  9. Je rejoins tout à fait ton avis. En plus, du porc dans des plats qui seront redistribués aux plus démunis… Je sais pas si y’a beaucoup de musulmans au Quebec, mais en France ça ne se ferait pas sans scandale. Il y a un groupuscule d’extrème droite qui organise une soupe populaire « au cochon » exprès pour que les musulmans ne puissent pas en avoir…

    14 mars 2012

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