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Alexis nous raconte… l’ail: un gîte pour la nuit

2013 aura été une année un peu spéciale au champ et au jardin : des orages à répétition, des variations de températures inhabituelles, bref, un été un peu difficile à suivre. Je n’ai donc été qu’à moitié surpris, en ce matin si froid de juillet, de trouver les bourdons tout ankylosés au jardin collectif. D’habitude, leurs bourdonnements nous accueillent dès notre arrivée à 9h mais, avec la chute de température que nous avions connue la nuit précédente, ils attendaient encore les premiers vrais rayons de soleil pour se réchauffer et partir butiner.

La surprise de les voir si engourdis ne nous avait cependant pas fait oublier, à moi et aux autres jardiniers, la tâche qui nous incombait ce jour-là : le grand moment de récolter l’ail était arrivé. C’est toujours un moment fort de la saison de jardinage, parce que cet ail, c’est vraiment quelque chose. Rien à voir avec l’ail de Chine vendu en épicerie.

Peut-être par sensibilité esthétique, peut-être par négligence, les jardiniers qui s’étaient chargés de récolter les fleurs d’ail plus tôt en juillet en avaient laissé quelques-unes en place. Elles flottaient maintenant au vent parmi la forêt de tiges d’ail bien droites qui commençaient à jaunir sur la parcelle. Et cela me rendait plutôt heureux que quelques-unes des fleurs d’ail aient échappé à leur destinée culinaire. Pourtant, on ne peut pas dire que je n’aime pas ça, la fleur d’ail : je l’aime lacto-fermentée, je l’aime broyée en morceaux et mélangée à de l’huile d’olive et du jus de citron, je l’aime nature pour agrémenter les salades en juillet. Mais le plaisir de voir ces fleurs lancer leurs vrilles dans les airs valait bien le sacrifice de ne pas les avoir récoltées à temps pour les manger.

Ce matin-là, nos quelques fleurs d’ail restantes étaient agrémentées de bien jolis petits pendentifs. L’ail du jardin venait de se parer de nouveaux attraits, comme d’un supplément d’âme dont le souvenir allait habiter ma cuisine tout au long de l’année, à mesure que j’allais consommer cet ail.

L'ail: un gîte pour la nuit

Les bourdons n’étaient en effet pas les seuls à dormir encore. Les mandibules fermement accrochées à l’extrémité des tiges et les pattes recroquevillées le long du corps, des abeilles cotonnières dormaient sur nos fleurs d’ail. Les longues tiges de la plante avaient fourni à ces abeilles, le temps d’une nuit, un gîte digne de leur élégance guerrière. La beauté de l’une semblait mettre en valeur celle de l’autre. Alors nous nous sommes assis, moi et un autre jardinier, et nous avons contemplé ce spectacle éphémère. Car bientôt les abeilles se réveilleraient et s’envoleraient butiner parmi les bourdons et les autres abeilles sauvages.

J’y repense aujourd’hui alors que j’étale un peu de pesto de fleurs d’ail sur un morceau de pain. Et je me dis que, décidément, l’ail de Chine, ce n’est pas pour moi.

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